Samedi 10 octobre 2009
6
10
/10
/Oct
/2009
10:53
Le climat social s'alourdit dans l'industrie pharmaceutique. Le 24 septembre, le laboratoire américain Bristol-Myers Squibb (BMS) a annoncé la fermeture à la fin de l'année de son usine d'Epernon (Eure-et-Loir), qui compte 223
salariés. Après une année passée à chercher un repreneur, le fabricant du Dafalgan a fini par jeter l'éponge. En février, un autre site du groupe situé à Meymac (Corrèze), qui emploie 162
collaborateurs, s'est mis en grève pendant 33 jours. Il ne restera en juin 2010, à Agen, qu'une seule des trois usines que BMS possède en France.
Ces fermetures d'usine pourraient en annoncer d'autres. A Evreux, le site du laboratoire britannique GlaxoSmithKline (GSK) a connu 12 jours de grève en mars après l'annonce de 800 suppressions de
postes. En mars également, le directeur de l'usine du groupe américain 3M à Pithiviers (Loiret) a été retenu pendant plus de 24 heures dans son bureau. Les salariés protestaient contre un projet
de plan social qui doit entraîner la destruction de 110 emplois sur 235. Des épisodes inédits qui révèlent le durcissement des relations sociales dans un secteur jusque-là épargné par les
conflits.
Les restructurations sont d'autant plus douloureuses que l'industrie du médicament a longtemps choyé ses salariés. Et qu'elle continue pour l'instant de réaliser de confortables bénéfices. Les
indemnités accordées aux personnes licenciées, souvent supérieures à deux ans de salaires, restent d'ailleurs nettement plus généreuses que celles pratiquées dans d'autres secteurs industriels.
Après plusieurs décennies de forte croissance, la concurrence des fabricants de produits génériques contraint les groupes pharmaceutiques à réduire la voilure. Les copies de molécules ont
représenté 10,2 % du chiffre d'affaires du médicament remboursable en France en 2008, mais 25 % des volumes. Encouragé par des pouvoirs publics soucieux de réduire le déficit des comptes de la
Sécurité sociale, l'essor des génériques déstabilise le modèle traditionnel de l'industrie pharmaceutique, axé sur la production en masse de médicaments chimiques.
"Beaucoup d'usines ne tournent plus à plein régime. Il existe un excès de capacités de production de médicaments en France", note Benoît Gallet, porte-parole de BMS en France. Les nombreuses fusions opérées ces dernières années ont rendu certains sites superflus.
"La mondialisation, qui incite les grands groupes à confier la production d'un médicament à une seule usine dans le monde, fragilise celles qui sont mal situées ou peu modernes",
explique Gérard Bouquet, le porte-parole de Pfizer.
Plutôt que de fermer les sites, leurs propriétaires préfèrent souvent les céder à un prix symbolique à des façonniers, qui parviennent à les rentabiliser en travaillant pour plusieurs donneurs
d'ordres, et notamment pour les génériqueurs. Une trentaine d'opérations de ce type ont été réalisées au cours des dix dernières années. Mais les déboires de BMS à Epernon montrent que cette
solution atteint aujourd'hui ses limites.
Pour les groupes pharmaceutiques, gérer le déclin des volumes de production est d'autant plus difficile qu'ils doivent négocier au même moment le virage des biotechnologies, dont sont issus la
moitié des nouveaux médicaments. Dans ce domaine, la France accuse un retard important. Si les laboratoires installés en France ne parviennent pas à le combler, les conséquences pour l'emploi
pourraient être désastreuses. Selon une étude du cabinet Arthur D. Little publiée en 2008, l'industrie pharmaceutique pourrait perdre, dans les prochaines années, 10 000 des 45 000 emplois
recensés dans la fabrication de médicaments.
Du côté des syndicats, les inquiétudes sont vives. La CGT a publié le 22 septembre un "Livre noir de la financiarisation de l'industrie pharmaceutique" dans laquelle elle dénonce la stratégie des
laboratoires "focalisée uniquement sur la préservation des profits des actionnaires, au détriment de l'emploi". Les responsables des groupes pharmaceutiques se veulent pourtant
rassurants.
"Il n'y a pas de suppressions d'emploi prévues dans nos usines", affirme Christian Lajoux, président
de Sanofi-Aventis France. Pour Jean-Yves Lecoq, porte-parole de GSK, "la France reste un pays d'avenir pour la pharmacie. Nous possédons un savoir-faire reconnu,
et, malgré l'essor des biotechnologies, on continuera à avoir besoin de médicaments chimiques".
La question de l'emploi sera à l'ordre du jour du prochain conseil stratégique des industries de santé (CSIS) qui se tiendra le 26 octobre. Cette table ronde, qui réunira les industriels du
médicament et les pouvoirs publics, sera présidée par Nicolas Sarkozy.
Derniers Commentaires