Le site de production de Bristol-Myers Squibb et ses 223 salariés vont poursuivre leur activité de fabrication de médicaments pendant quinze mois. Après, il faudra trouver un repreneur.
La nouvelle a été annoncée jeudi aux deux cent vingt-trois salariés du site de production d'Épernon de l'entreprise pharmaceutique américaine Bristol-Myers Squibb. Elle avait été officialisée
quelques heures plus tôt lors du comité central d'entreprise, au siège français, à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) : BMS « se désengagera du site d'Épernon fin 2009 ».
Concrètement, le volume d'activité sera maintenu jusqu'à cette date. Ensuite, ce sera à un repreneur de faire tourner les chaînes de production. Sinon, on ferme et on supprime les deux cent
vingt-trois emplois actuels (en CDI, auxquels on ajoute une vingtaine de CDD) ? « Nous avons quinze mois devant nous », se veut optimiste François Jacquinot, le directeur du site. Espérant que le
cabinet spécialisé, mandaté par BMS pour retrouver un repreneur du même secteur apte à maintenir une activité pérenne sur le site d'Épernon, puisse accomplir la mission qui lui a été confiée.
« De l'inquiétude et de la déception »
Le personnel, lui, n'est pas rassuré quant à son avenir professionnel. « La principale réaction ? La déception », a constaté Claude Dantigny, un des deux délégués CGT. « Car il y a beaucoup
d'implication chez BMS. Elle est à hauteur de la demande. » Certains des anciens ont « craqué » lors de l'annonce du désengagement.
Ils n'ont pourtant rien à se reprocher, a assuré François Jacquinot, qui le leur a dit : « Vous devez être fiers du travail qui est fait ici. Cette situation n'est pas le résultat de mauvaises
performances. » Un message apprécié, mais qui ne rassure pas complètement.
Certes, le site de production a des atouts : un personnel compétent, un matériel bien entretenu et régulièrement renouvelé, un savoir-faire dans la fabrication de médicaments matures... mais le
marché pharmaceutique n'est pas au mieux (lire ci-contre) et trouver un laboratoire qui manque d'usines pour fabriquer ses produits... « Le secteur a déjà connu beaucoup de restructurations. Bon
nombre d'usines ont été rachetées, il en reste encore beaucoup à vendre. Il y a dix ans, ça aurait été plus facile », regrette Vincent Régnier, l'autre élu CGT.
Les représentants du personnel se doutaient qu'ils n'apprendraient pas de bonnes nouvelles, jeudi matin, en se rendant à Rueil. L'annonce, en décembre dernier, par le grand patron, d'un plan de
rationalisation dans lequel il est prévu de cesser la production de 60 % des médicaments matures, spécialité du site d'Épernon, les avait préparés à devoir affronter de pénibles moments. Tout
comme certains salariés. Ceux, par exemple, arrivés à Épernon en 1996 après la fermeture du site BMS de Lognes (Seine-et-Marne).
Reclassements possibles à Agen
Certains sont prêts à refaire leur valise pour aller à Agen (Lot-et-Garonne), assurent leurs représentants. Un des trois sites de BMS en France qui, lui, sera renforcé. Deux cents postes y seront
créés, réservés en priorité aux salariés d'Épernon et de Meymac (Corrèze), d'où BMS se désengagera à la mi 2010.
Quelles conditions seront proposées ? Dans quelles conditions les salariés quitteront BMS si le pire devait arriver ? Tout ceci sera discuté dans les mois qui viennent. La procédure sera longue.
« Nous n'en sommes qu'au début du livre 4 (examen des motifs économiques du plan) », fait remarquer Claude Dantigny. En insistant sur la détermination et la solidarité des représentants des
salariés : « Nous voudrons obtenir un niveau de réparation acceptable par rapport au préjudice subi et surtout aux moyens de BMS. »
Une baisse générale de production de médicaments
Bristol-Myers Squibb subit, comme d'autres grands laboratoires, un fort ralentissement de la croissance, notamment du marché des médicaments matures, ces produits qui ne sont plus protégés par
des brevets et qui doivent affronter la concurrence des génériques.
Or ces médicaments matures représentent l'essentiel de l'activité du site d'Épernon, qui ne produit qu'un seul médicament encore protégé par un brevet.
L'usine eurélienne connaît une baisse de production de 20 % par an depuis trois ans, date à laquelle l'Elisor (destiné à combattre des maladies cardio-vasculaires) a perdu sa protection. Ce
produit a occupé jusqu'à 50 % de l'activité des chaînes de production. Il ne sort plus que 5 millions d'unités d'Elisor à Épernon contre 25 millions auparavant.
Les transferts de production n'ont pas réussi à combler ce manque. Il est vrai qu'au niveau mondial, la production de médicaments a chuté de 50 % ces dernières années.
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