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26 juillet 2010 1 26 /07 /juillet /2010 18:33

Andrew Witty, directeur général de GlaxoSmithKline, géant britannique de la pharmacie, répond aux questions de La Tribune. Entre les régulateurs pharmaceutiques, dont les règles se durcissent, et les budgets de santé publique qui diminuent, il analyse le virage de l'industrie pharmaceutique.

 

La Tribune : Vous venez de passer une provision de 1,57 milliard de livres (1,87 milliard d’euros) pour régler les disputes légales sur l’Avandia (anti-diabétique, lié à une hausse des risques cardio-vasculaires) et le Paxil (anti-dépressif, lié à des malformations sur les nouveaux-nés). Pensez-vous que la page soit tournée ?

Nous avons passé une provision pour toutes les poursuites judiciaires dont nous étions au courant, mais il demeure toujours possible que d’autres poursuites émergent. Ceci étant dit, vu la publicité qui a entouré ces cas depuis des années, j’en doute. La substantielle majorité est résolue.

 

Que va devenir l’Avandia, dont les ventes représentaient encore 920 millions d’euros l’an dernier ? Le récent avis du comité consultatif de la FDA (régulateur de santé américain), qui recommande de ne pas retirer le médicament du marché, mais d’ajouter simplement des avertissements sur la notice d’utilisation, semble positif pour vous…

Nous avons présenté notre point de vue à la FDA et aux autorités européennes. Nous devons maintenant attendre que les régulateurs se prononcent. Je pense qu’ils devraient le faire dans les semaines qui viennent.

Comment jugez-vous l’attitude des régulateurs pharmaceutiques ?

L’environnement réglementaire est devenu beaucoup plus conservateur qu’avant. Entre 1950 et 2003 (date du scandale du Vioxx, anti-inflammatoire du laboratoire Merck, qui augmentait les risques d’infarctus, Ndlr), les régulateurs n’avaient guère changé. Depuis, le changement a été profond. Mais il est important que le régulateurs ne perdent pas de vue l’équilibre risques/bénéfices. Pour l’Avandia, nous continuons à penser que les bénéfices sont supérieurs aux risques.

Pensez-vous que les régulateurs vont maintenant trop loin dans la prévention du risque ?

Non, actuellement, ça va. Mais il faut faire attention à ce que cela n’aille pas trop loin. L’un des problèmes vient de la pression de l’opinion publique : personne n’écrit à un journal pour souligner qu’un million de personnes vont mieux grâce à un médicament ; en revanche, un problème avec dix personnes fait une très bonne histoire.

En Europe, les budgets de santé font face à de très fortes mesures d’économies. Comment y réagissez-vous ?

Tout d’abord, il serait irresponsable de dire : d’accord pour des coupes budgétaires, mais pas pour moi. Je n’aime pas baisser les prix des médicaments, mais j’en comprends la nécessité. Ensuite, il est important de choisir la façon dont les coupes sont faites. Si on décide une réduction qui est la même pour tous les médicaments, on le fait au détriment de la recherche et développement. Mieux vaut réduire les prix des vieux médicaments, mais laisser une prime à ceux qui sont récents, afin de favoriser l’innovation. Troisième point : il faut réfléchir à la façon dont les budgets de santé seront réduits. C’est facile de viser les médicaments, mais les vrais économies seront ailleurs : en gardant les gens hors des hôpitaux, et en faisant de la prévention.

Dans ce contexte, comment jugez-vous l’attitude du gouvernement français ?

La France et le Royaume-Uni n’ont pas eu besoin de réduire les prix récemment, parce qu’ils se sont attaqués au problème depuis longtemps. Dans ces deux pays, il y a des rencontres au plus haut niveau entre le gouvernement et l’industrie pharmaceutique. Grâce à cela, la France n’a pas des prix très élevés pour ses médicaments.

Pourtant, vous avez supprimé 850 emplois en France récemment, dont certains en R&D ?

C’était essentiellement dans la production. Et il y a eu aussi des emplois dans le développement, plus que dans la recherche. J’ajoute que nous créons aussi des emplois : nous allons bientôt ouvrir une extension de notre centre de recherche aux Ulis. Mais il ne faut pas rêver : nous ne sommes pas revenus aux années 1990 (quand la pharmacie faisait d’énormes bénéfices, Ndlr).

De nombreux brevets vont arriver à expiration dans les années à venir ; les budgets de santé dans les pays occidentaux se réduisent : quel avenir voyez-vous pour l’industrie pharmaceutique ?

L’industrie va rester énorme, mais elle va devenir plus petite. Moins d’entreprises auront du succès. Pour réussir, il faudra proposer de nouveaux médicaments, mais aussi à des prix limités, qui représentent un bon rapport qualité-prix. Sinon, il sera difficile de survivre.

Envisagez-vous des acquisitions ?

Nous ferons sans doute de petites acquisitions ciblées, mais rien de grand. Dans la pharmacie en particulier, il n’y aura pas de grandes transactions de notre part, ni dans les génériques.
 

GlaxoSmithKline en chiffres :
Chiffre d’affaires 2009 : 28,3 milliards de livres (33,7 milliards d’euros)
Bénéfice net 2009 : 5,7 milliards de livres (6,8 milliards d’euros)
Nombre d’employés : 99.000 dans plus de 100 pays

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Published by titus53 - dans Juil 2010
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